Les dernières années de Tchaïkovsky, de Laurence Catinot-Crost

Les dernieres années de Tchaikovski

Les dernières années de Tchaïkovsky

 
Laurence Catinot-Crost
Date de parution 01/09/2013
Essai- 190 pages – 16€ 
Vous pouvez précommander ce livre:
– soit par chèque : 16 euros à l’ordre des Editions Tatamis,
103 rue Albert 1er, 41000 Blois
– soit par paiement sécurisé paypal :
paypal securisé

Il était l’un des plus grands compositeurs russes de son temps. Piotr Ilyitch Tchaïkovski est mort dans d’étranges circonstances.

Ses œuvres, « Le lac des cygnes », « Casse-noisette », « Eugène Onéguine », « La Dame de Pique », « La symphonie pathétique », etc. sont  inscrites en lettres d’or au panthéon de la musique mondiale. Le tsar Alexandre III lui offrit des funérailles nationales, les plus grandioses que Saint-Pétersbourg ait jamais connues. Depuis, le monde se demande ce qu’il est réellement advenu dans l’existence de Tchaïkovski durant les toutes dernières années de sa vie et les mois qui précédèrent sa fin tragique.

L’auteur, à partir de documents authentiques, du journal et de la correspondance privée de Tchaïkovski, relate l’existence du compositeur, liée aux aventures de deux  Américaines qui partagèrent son intimité, et ses errances à travers l’Europe, la Russie et l’Amérique. Ce roman offre une description  originale de l’empire des tsars, de ses institutions, ses coutumes, ses codes et ses contrastes via ce musicien de génie dont la personnalité et la sensibilité intriguèrent tant ses contemporains.

L’auteur : Laurence Catinot Crost, historienne, ethnologue et romancière collabore à la revue Historia et à l’émission Secrets d’Histoire sur France 2, elle a publié de nombreux ouvrages. Sa connaissance de l’histoire russe lui  permet de passer avec bonheur d’une biographie de Madame Pouchkine, à celle de la dernière tsarine, au roman historique ou à l’analyse de l’empreinte bolchevique jusqu’à la révolution russe. Elle est par ailleurs Docteur « Honoris Causa », membre d’honneur IWA. Bluffton, Ohio (USA), Sociétaire du Cercle International de la Pensée et des Arts Français, élevée à la dignité de Compagnon du CIPAF, et grand prix de l’œuvre éditée 1991.

Extrait 1 :

À l’issue du spectacle, Humphrey tint à nous présenter, son ami, le compositeur russe Piotr Ilyitch Tchaïkovski qui assistait, incognito, à la représentation. Son regard doux, ses yeux pensifs, me frappèrent dès l’abord. Il serrait des mains, saluait en homme du monde les femmes mais conservait une réserve qui s’apparentait à de la timidité. J’eu l’impression qu’il se sentait mal à l’aise. Le 22 mars, Mary accompagna  monsieur Tchaïkovski à l’Opéra-Comique où fut joué le « Roi d’Ys » de Lalo. Piotr Tchaïkovski était descendu à l’hôtel Richepanse comme à son habitude. Il avait ses bonnes adresses dans la capitale. Avant son départ  pour Londres à la fin du mois où il devait donner un concert au Saint-James Hall, il nous offrit à Mary et à moi le roman d’un auteur français. Ce monsieur  Jules Vernes a publié il y a une dizaine d’années un récit narrant les aventures d’un courrier du tsar de Moscou jusqu’en Sibérie. Selon monsieur  Tchaïkovski, l’auteur a réalisé un roman bien documenté et réaliste, d’ailleurs approuvé par les autorités russes.  Il a bénéficié des conseils de l’écrivain russe Tourgueniev. Il nous apprit que son compatriote Ivan Tourgueniev avait vécu en France. Il était décédé dans sa maison sise dans une campagne non loin de Paris.

Extrait 2 :

Après une étape à Tiflis, nichée au pied du Caucase, nous partîmes pour Bakou. À une trentaine de verstes de la ville, nous approchâmes les chantiers d’extraction du naphte. Quantité de puits de forage laissent s’échapper ces feux continus. On parle ici de « feu éternel ». L’industrie du naphte est en plein développement. Elle laisse augurer bien des bénéfices et des progrès pour l’avenir. La traversée de la mer Caspienne se passa au mieux. Nous débarquâmes au port d’Ouzoun-Ada d’où nous prîmes la direction de Samarcande par le chemin de fer transcaspien. Le transcaspien étant une voie militaire contrôlée par l’armée russe, passeport et laissez-passer nous furent demandés à maintes reprises. Fort heureusement, le général Komarov, gouverneur du Turkestan russe, et le général Annenkov, l’ingénieur chargé de la construction du transcaspien, nous avaient dotées de lettres de recommandation qui s’avérèrent des plus utiles. Un laissez-passer nous autorisait à voyager gratuitement à bord des trains russes. Nous étions sous la surveillance constante des soldats russes. Cette unique voie de communication suivait pratiquement en ligne droite les anciennes étapes de la route de la soie. Le paysage changeait complètement. Nous traversions des immensités ondulantes d’herbes semées de coquelicots avec ça et là du seigle, de l’orge, puis sur des kilomètres sans fin des étendues de poussière. Depuis Mikhaïlovsk et jusqu’à Kizil-Arvat nous  roulâmes à travers le pays des Tekkés. Après Douchak, le tracé coupait le désert de Kara-koum, « Le désert noir ».
Extrait 3 : Je réalise combien Tchaïkovski doit puiser dans son âme sa force créatrice. Son extraordinaire sens de la mélodie illumine son « Eugène Onéguine » ! J’imagine qu’il construit ses opéras comme il souhaiterait pouvoir bâtir sa vie. Il prête à ses personnages ses propres aspirations. Sa musique l’apaise, le console de ses échecs, équilibre sa grande fragilité nerveuse, l’aide à nourrir ses espérances.
Quelques jours plus tard, il s’installe définitivement dans sa maison de Klin aménagée par Aliocha (5 mai 1892). « Alexeï a remarquablement aménagé mon habitation. Je n’ai encore jamais eu une chambre aussi splendide. » (Lettre du 2 mai 1892) La maison est située à près d’une verste du village, posée sur une petite butte dominant la rivière Sestra, affluent de la Doubna. Peinte en gris-bleuté, elle comporte un étage. Le rez-de-chaussée est partagé entre la salle à manger et l’appartement d’Aliocha et sa nouvelle épouse, qui a donné naissance en avril à un garçon prénommé Georges, dont Piotr est le parrain. Le grand salon est au premier. Son piano Becker, acheté en 1885, trône au milieu. À droite, une porte dessert la chambre à coucher. Une petite véranda orientée sud-est s’ouvre sur le côté gauche.
Extrait 4 : Je l’accompagnais à l’hôtel Normandie où elle surprit notre ami par ses débordements affectueux. J’étais terriblement gênée. Piotr Ilyitch  était sujet au trac. Notre arrivée impromptue ne fit que le mettre mal à l’aise. Son attitude exprimait une certaine tension :  » Mes amies, mes chères amies. Ce matin j’ai un trac terrible. À deux heures aura lieu le concert avec la « Suite ». »
 » Nos compatriotes vous adorent ! » dit Mary en haussant les épaules.
 » C’est une chose étonnante, ce trac. »
« L’Amérique vous adore, Piotr Ilyitch.  Les critiques sont unanimes ! » ne cessait de répéter Mary tout en s’agitant sur son siège.
 » La nouvelle salle où a lieu le festival est magnifique ! C’est la plus grande salle que j’ai connue. Beaucoup plus vaste que nos salles russes ! »
Un large sourire s’épanouissait sur le visage de ma sœur :  » Vous le méritez, très cher Piotr Ilyitch. »
 » Ça marche bien, que dois-je craindre ? Et pourtant je souffre affreusement.  L’enthousiasme suscité était sans commune mesure avec ce que j’ai pu avoir en Russie. J’ai eu des rappels interminables, on a crié « upwards » en agitant des mouchoirs, j’ai pu constater que les Américains m’ont vraiment aimé. Je dois dîner chez Carnegie le 28 (10 mai), le lendemain ils ont prévu pour moi une excursion aux chutes du Niagara. Je passerai deux nuits à New York puis partirai pour Baltimore le 3 mai (15 mai). Mon Premier Concerto sera joué le 6 mai (18 mai) à Philadelphie. Comme vous pouvez le constater, je suis traité comme un prince.  New-York est une ville qui me plait. Ce parc « central » est splendide !   »
Extrait 5 : Il ne m’a pas caché les rumeurs concernant la vie privée de notre ami. Piotr Ilyitch s’affiche, dit-on, avec  un jeune officier, mineur, de dix-sept ans, Victor Stenbock-Fermor. Son homosexualité ne fait plus de doute. La liste de ses amants est chaque jour complétée par des révélations douteuses. Humphrey ne saurait dire s’il faut y ajouter foi. Quoi qu’il en soit, des noms circulent. Le portrait posé sur sa table de travail serait celui de Sergueï Kireiev rencontré en 1854/1855. Kireiev lui aurait révélé l’attirance réciproque entre hommes. Il fut très amoureux, en 1869, d’Edouard Zak, âgé de quinze ans, cousin de l’un de ses étudiants Raphaël Köber. Ce jeune homme lui a, semble-t-il, inspiré le thème de l’amour de « Roméo et Juliette ». Le suicide de Zak, en 1873, fit vaciller l’équilibre de Piotr Ilyitch. Son chagrin fut terrible. D’autres noms sont murmurés en apartés dont celui de Nicolas Kondratiev…

Advertisements
Cet article a été publié dans Livres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.