La face cachée de l’affaire Tapie

tapie2_BDLa face cachée de l’affaire Tapie

Sidney Touati
Date de parution 15/11/2013
132 pages – 10.00 € TTC
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Présentation du livre: Tapie occupe le devant de la scène médiatique depuis de nombreuses années. L’homme choque, agace, dérange mais ne laisse personne indifférent. Comment expliquer l’exceptionnelle durée de cet évènement ?
Les causes qui  propulsent de manière récurrente Bernard Tapie sur le devant de la scène sont multiples. La chose est entendue,  Tapie serait un escroc. Or, si tel était le cas, son sort aurait été scellé depuis que la Justice a été saisie, et les Français se seraient lassés d’un scénario répété ad nauseam.
Alors qu’un point final semblait avoir été mis à « l’affaire » sous la présidence de Nicolas Sarkozy, pourquoi à peine élu, le Président François Hollande l’a-t-il bruyamment propulsée sur le devant de la scène ? Pourquoi contester, a priori sans preuve et sur de simples soupçons, la décision régulièrement rendue par un tribunal arbitral composé de membres prestigieux ? Pourquoi jeter le discrédit sur l’Institution judiciaire ?
En un mot, que cache et que révèle cette affaire dans «  l’Affaire » ?  Par ailleurs, par-delà son exploitation « politicienne » que tous ont soulignée, l’Affaire Tapie n’est-elle pas le signe des blocages et des anachronismes qui précipitent notre pays dans le déclin ? De son désarroi face à la mondialisation ? Pendant que la Chine produit des « Bernard Tapie » par milliers, pourquoi ce rejet ? Pourquoi cet acharnement ? Ne projette-t-on pas sur le « bouc émissaire » Tapie la part d’ombre, la part maudite que notre société porte en elle et dont elle ne peut se défaire?

Sidney Touati à propos de son livre La face cachée de l’affaire Tapie

Extraits

Tout le monde connait le roman Bernard Tapie. L’histoire du gosse issu de milieu modeste qui est devenu « riche » ; qui le « montre » ; qui est la cible éternelle de la « justice ».
Ces  faits suffisent  à faire de Tapie un héros « noir », un héros négatif. Un homme d’argent. Un personnage aux manières grossières, dénué de tout raffinement, bref, sans culture, entendez, sans diplôme.  En face de lui, le héros « positif » représenté par l’Abbé Pierre, c’est  l’homme riche devenu pauvre, volontairement.
En France il existe une croyance qui a pris la forme d’un préjugé indiscutable : toute richesse rapidement acquise par un « pauvre » a nécessairement pour origine, le vol. Jean-Baptiste Doumeng, surnommé « le milliardaire rouge » ne disait-il pas que pour devenir riche il fallait avoir volé son premier million ? L’ «Internationale », le chant des révolutionnaires, dont les paroles ont été écrites par un Français, Eugène Pottier, ne dit-elle pas « pour que le voleur rende gorge… ». Le voleur c’est bien-sûr le « bourgeois », le capitaliste… à l’époque tous ou presque nouveaux riches.
S’enrichir vite, c’est voler. L’affaire est entendue. Cela ne se discute pas. Du plus humble des fonctionnaires de Bercy au magistrat le plus élevé, tous partagent à de rares exceptions cette terrible croyance.  Le soupçon de fraude qui pèse sur Tapie est quasiment ontologique. Il est consubstantiel à « l’idéologie française ». Il est sui generis. Que la Chine produise des milliers de «  Bernard Tapie », importe peu. Qu’il en soit de même aux États-Unis, est ici sans incidence. La France campe sur ses certitudes, c’est-à-dire sur ses préjugés.
D’où vient cette croyance contraire à l’examen fait par les historiens qui ont minutieusement étudié la genèse du capitalisme moderne, intrinsèquement liée à l’éthique du protestantisme ; à l’éthos de confiance ; à la mise en place du « crédit » ?
Il faut, pour trouver la réponse à cette question,  se pencher sur la genèse de la « bourgeoisie française ». Comment s’est créée « notre » bourgeoisie ? La bonne bourgeoisie Française ?  Cette « classe sociale » dont le noyau dur est constitué autour de la propriété foncière, est née à la Révolution Française. Comment s’est-elle créée ? Pour l’essentiel par une sorte d’immense hold-up ! Par un  vol constitutionnel, un vol d’Etat. En clair, par le pillage massif des biens de l’Eglise.

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Ce bref rappel historique permet de comprendre pourquoi  cette bourgeoisie qui s’est définitivement installée au pouvoir avec l’avènement de la IIIème République,  n’ait jamais cru en l’enrichissement comme résultant du travail, du génie, du talent… pas étonnant que l’esprit du capitalisme libéral ait toujours eu du mal à se développer en France ; qu’il n’ait pu le faire que par l’intervention massif de l’État. Pas étonnant que jusqu’à nos jours, le divorce entre l’entreprise et la société perdure. […]
Voilà pourquoi, chaque fois qu’un pauvre devient riche,  chaque fois qu’il a la naïveté voire la bêtise de la proclamer haut et fort, il est automatiquement accusé d’être un voleur. Les Juifs seront naturellement  les premières grandes victimes de cette idéologie mortifère.
Il faut l’avouer, en France, les nouveaux très riches sont plutôt rarissimes. Car la République Française qui se prétend égalitaire voire égalitariste,  possède une autre particularité. Les grandes familles possèdent l’essentiel des biens et exercent tous les pouvoirs : économique, politique, culturel… Dans l’Ancien Régime, les situations se transmettaient héréditairement. Dans la France républicaine il en ira de même. Pierre Bourdieu a montré comment, sans être héréditaires, les situations se transmettent de génération en génération. C’est la même classe sociale ou plutôt la même « caste » qui occupe toutes les hautes fonctions, que ce soit dans l’économie, la politique, le culturel. Peu de chance de pénétrer dans ce monde hyper codé si l’on n’en est pas issu.

À l’évidence, Bernard Tapie ne possède aucun des paramètres nécessaires à l’entrée dans ce club hyper-fermé des « grands patrons ». Sans protection familiale, sans la tutelle des gens que Bourdieu nomme « La Noblesse d’État », il avance en terrain miné et ses chances de survie relèvent du miracle.
Un autre « nouveau riche » fera les frais de cette idéologie : il s’agit de Jacques Borel.
Mitterrand disait qu’à partir de la troisième génération, on ne s’interroge plus sur l’origine des fortunes. Et même si la fortune de la grand-mère vient de l’exploitation d’un bordel, le petit-fils n’est plus comptable de ces faits. Il peut jouir en toute impunité de la fortune qui lui a été transmise. Car très curieusement et paradoxalement,  cette bourgeoisie qui a volé et décapité, ne supporte qu’une seule forme de légitimité pour la fortune, celle acquise par la naissance. Elle entend que sa position ne souffre d’aucune contestation possible.
Bernard Tapie ne possède ni la culture, ni la naissance de ces bourgeois. Tapie n’a pas eu la patience d’attendre. Il est riche, il est heureux de l’être, il veut faire partager sa joie et être reconnu. Il a « réussi ». Pourquoi le cacher ? Pourquoi le taire ?
Dans l’univers feutré où la tartufferie règne, ce tapage fait mauvais genre. Il fait peur à un double titre. D’abord, il risque de dévoiler ce qui est caché. Il risque de mettre en cause ce qui a été laborieusement acquis : la légitimité de posséder.
En outre, à un moment où les possédants sont soumis à une concurrence débridée, ces « nouveaux riches » risquent de les déposséder. Alors, il faut réagir. Mettre un garde-fou. Disqualifier par avance tous ces aventuriers du capitalisme moderne. Comment ? C’est simple. Il faut donner corps au vieux préjugé qui veut que l’on ne devient riche que par le vol. Tout nouveau riche est nécessairement un voleur qu’il faut traduire devant les juges. […]
On  montre le « nouveau riche » Bernard Tapie, comme on montrait jadis dans le foires les « monstres » qui fascinent et font peur ; on en fait une sorte d’icône noire et dans le même temps on déchaine la meute des chiens enragés contre elle.
Pendant ce temps, la France est livrée sans défense au pillage. On délocalise en toute impunité. On fabrique des chômeurs par millions. On détruit des pans entiers de notre histoire.

Sommaire

INTRODUCTION : Une société en rupture avec son temps.
PREMIERE PARTIE : DE GAVROCHE A RASTIGNAC
1- La fin des Trente Glorieuses
2- La rage de vaincre
3- Le fou du Président : la tentation avortée
DEUXIEME PARTIE : PLUS DURE SERA LA CHUTE
1- Pris au piège
2- La causalité diabolique
3- La France enfermée dans son passé
TROISIEME PARTIE : L’INSTRUMENTALISATION PAR LE POLITIQUE ; SURVEILLANCE ET CONTRÔLE
1- Hollande et l’héritage stalinien. Du bon usage du mensonge et des « procès ».
2- La mise au pas de la société française ; Ministres et élus dans les « fers ».
3- La mise sous contrôle des juges.
QUATRIEME PARTIE : MAIN BASSE SUR LA SOCIETE CIVILE
1- La France sous séquestre : le grand holdup
2- L’extension continue du pouvoir des bureaucraties
3- À vendre
CONCLUSION : FIN D’UNE ILLUSION ?
Le réveil ?  Il faut sauver le soldat TAPIE.

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